Dominique Nicolas, délégué général de l'Afic
L’une des sources indispensables d’un LBO est l’emprunt. Or, la crise des subprimes a causé un déficit de liquidités pour les banques et a de ce fait renchéri le coût du crédit. Dans ce contexte, le marché du LBO connaît des difficultés. Dominique Nicolas, délégué général de l’Association Française des Investissements en Capital (Afic) nous livre ses commentaires.
Le marché du LBO connaît-il un réel ralentissement à l’heure actuelle ? Je parlerai plutôt du marché du capital transmission. Le LBO est une technique financière qui consiste à optimiser le retour sur investissement par l’effet de levier de la dette et qui est surtout pratiqué dans le cadre du capital transmission. Sur les 12.6 milliards d’euros investis en capital investissement en 2007, plus de 10 milliards d’euros ont été investis en capital transmission. Sur ces 10 milliards, la moitié a été investie sur seulement 26 opérations de plus de 100 millions d’euros et l’autre moitié sur des opérations de taille moyenne, d’un montant moyen d’environ 10 millions d’euros et concernant plus de 400 entreprises. Pour répondre à la question, il ne faut surtout pas être alarmiste. Certes, depuis le mois de septembre, les grosses opérations sont gelées. En revanche, les opérations de taille moyenne se poursuivent. S’il y a donc un tassement sur les chiffres globaux, le cœur du métier se poursuit normalement. La différence, c’est que les montages qui se bouclaient en quelques semaines auparavant sont désormais plus longs. Mais, les fonds d’investissements sélectionnant les plus belles entreprises, les prix n’ont pas baissé. La situation actuelle nous conduit à revenir aux fondamentaux du capital investissement, avec des niveaux de levier plus équilibrés. Ainsi, la répartition entre l’equity et la dette s’est ajustée, la part de la dette ayant diminué. Par ailleurs, compte tenu des besoins en matière de transmission dans les années à venir, le capital investissement en général et le capital transmission en particulier a de beaux jours devant lui. Entre 600 000 et 700 000 entreprises seront à céder dans les 10 prochaines années. Certes, elles ne seront pas toutes éligibles au capital investissement, mais plusieurs milliers d’entre elles seront concernées chaque année. La demande reste donc forte et les possibilités de trouver les financements sont encore nombreuses.
La situation peut-elle conduire les entreprises à chercher d’autres sources de financement, notamment après des fonds souverains ? C’est l’accès au financement bancaire qui est plus difficile. Les entreprises pourraient donc être amenées à se tourner encore plus fortement vers le capital investissement. Par ailleurs, les fonds souverains ne s’adressent pas directement aux PME, qui représentent 90 % des entreprises françaises. En revanche un certain nombre d’entre eux investissent déjà dans des fonds de Private Equity et pourraient encore renforcer leurs positions.
Comment se positionne le capital investissement en France comparé à ses voisins européens ? En Europe, le Royaume Uni prend la tête du capital investissement, avec environ 50 milliards d’euros investis. Avec une particularité : 60 à 70 % des opérations réalisées par les acteurs britanniques concernent des investissements à l’étranger. La France se positionne juste derrière, avec 12.6 milliards d’euros, dont 80% sont investis dans l’hexagone. L’écart entre les deux peut s’expliquer par le fait que le métier est à la fois plus récent en France, mais aussi et surtout parce qu’il n’y a pas de fonds de pension. Mais le marché français à vocation à se développer, en raison d’une demande forte de fonds propres de la part des entreprises. Chaque année, plus de 1500 entreprises sont financées par le capital investissement. Il ne serait pas étonnant de doubler ce chiffre dans les 3 à 5 ans à venir.
Propos recueillis par Laure Kepes
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